Chapitre V · pages 126 – 158
Expérimentation & simulation

Vérifier le terrain par la soufflerie, vérifier la soufflerie par le calcul.

Trois méthodes indépendantes — observation directe, essais en soufflerie et modélisation CFD sous Fluent — sont croisées pour valider la compréhension physique du badgir de Siraf.

Maquette d'observation en plexiglas, échelle 1/50
FIG. 168 Maquette d'essai, échelle 1/50 — plexiglas transparent
5.1 — Observation du flux d'air

Une première maquette pour « voir » le vent

Avant l'analyse en soufflerie du badgir de Siraf, une maquette en plexiglas transparent à l'échelle 1/50 (2 cm = 1 m) a été construite et enfermée dans une caisse pour y injecter de la fumée, filmée à la caméra. Résultat : un retour d'air turbulent apparaît dès l'arrivée de la fumée vers le bas des conduits — cet effet évacue l'air chaud situé en partie haute.

Échelle 1/50 · visualisation par fumée

5.3.1 — Analyse en soufflerie

De Siraf à la soufflerie de la Ville-d'Avray.

Après plusieurs jours de relevés sur site avec un anémomètre TROTEC T300 (plus de 600 pages de données enregistrées sur trois jours), la maquette destinée aux essais a été fabriquée en collaboration avec la soufflerie de l'université Paris-Ouest, à la Ville-d'Avray.

Maquette installée dans la soufflerie de la Ville-d'Avray
FIG. 185 Maquette installée dans la soufflerie — 450×450×700, 1% d'intensité de turbulence
Instrumentation

140 percements calibrés (Ø 7 mm côté externe, Ø 2 mm côté interne) reliés par tuyaux à un appareil de mesure à réservoir d'alcool — la montée du niveau signale la pression, la baisse l'extraction.

Paramètres

Vitesse de soufflerie : 20 m/s. Parois principales en plexi 15 mm, séparations internes 5 mm, à l'échelle du badgir relevé sur le terrain.

Fabrication et perçage de la maquette pour la soufflerie
FIG. 181-184 Perçage, assemblage et finition de la maquette
Schéma du dispositif de mesure : réservoir d'alcool et ligne de référence
FIG. 188-190 Appareil de mesure — réservoir d'alcool et ligne de référence

5.1.2 – 5.1.5

Quatre conduits, quatre angles testés.

Chaque conduit (A, B, C, D) a été numéroté pour suivre son comportement — aspiration ou évacuation — lorsque la direction du vent change entre 0°, 15°, 30° et 45°.

Absence de dynamisme

Le conduit A aspire l'air ; B, C et D soufflent. Entre 0° et 15°, les échanges restent faibles.

30°

Angle optimal mesuré

A et B aspirent, C et D évacuent : les quatre conduits prennent en charge le vent, la tour se met à évacuer efficacement.

45°

Pleine capacité

A et B aspirent, C et D évacuent avec une pression plus basse — confirmation de la tendance observée à 30°.


Simulation numérique CFD de l'écoulement autour d'un badgir
FIG. Modélisation CFD de l'écoulement — Gambit + Fluent 6.3
5.4 – 5.8

CFD : Gambit pour le maillage, Fluent pour le calcul

La CFD (Computational Fluid Dynamics) reste la méthode la plus complète pour modéliser la ventilation naturelle. Le maillage — tétraédrique, retenu comme le plus adapté à la géométrie du badgir — est généré sous Gambit, puis résolu sous Fluent 6.3, basé sur les équations de Navier-Stokes.

Conditions testées : angle du vent entre 30° et 45°, vitesses de 4 à 20 m/s, température variable — énergie cinétique de turbulence (k) et taux de dissipation (ε) définis à chaque nœud du maillage.

5.8 — Équations utilisées

Bernoulli, Navier-Stokes et le nombre de Reynolds.

Théorème de Bernoulli

ρ·V²/2 + ρgz + P = Cte

Énergie cinétique + énergie potentielle + énergie de pression = constante. Dans un flux, une accélération se produit simultanément avec la diminution de la pression — le principe qui explique l'aspiration en tête de conduit.

Reynolds (Re)

Nombre sans dimension caractérisant le régime d'écoulement — laminaire, transitoire ou turbulent.

Navier-Stokes

Équations différentielles décrivant le mouvement des fluides visqueux — au cœur du calcul Fluent.

5.1.6 — Nombre de Reynolds appliqué au badgir

Pour un conduit carré, la dimension caractéristique retenue est le diamètre hydraulique Dh = 4A/P. Avec V = 4 m/s, ρ = 1,1839 kg/m³, Dh = 3 m et μ = 18,27 μPa·s, le nombre de Reynolds atteint 7,77 × 105 — signature d'un écoulement pleinement turbulent. C'est ce calcul qui justifie l'emploi du modèle de turbulence k-ε standard dans Fluent.


5.9 — Analyse numérique d'un badgir

Reconstruire le badgir de Nasuri dans la machine.

Le badgir à quatre faces de la maison de Nasuri, à Siraf, a été modélisé sous Fluent — lames disposées en « X », dimensions d'origine légèrement ajustées pour la précision du calcul. Les premières analyses ont été menées sans portes ni fenêtres, afin d'isoler le comportement du vent — vitesse, pression, extraction — dans la structure seule ; différents emplacements d'ouvertures ont ensuite été testés. La géométrie 3D reprend exactement le prototype utilisé en soufflerie.

Dessin filaire de la maquette réalisé sous Gambit pour l'application des conditions aux limites
FIG. 198 Dessin de la maquette réalisé sous Gambit, destiné à l'application des conditions aux limites
Simulation du domaine de calcul entourant le badgir
FIG. 199 Simulation du domaine du badgir
Maillage tétraédrique en coupe après soustraction du volume du badgir au domaine
FIG. 200 Soustraction des meshs — maillage tétraédrique, resserré autour de la tour
Badgir et son domaine de calcul maillés en trois dimensions
FIG. 201 Badgir et son domaine en trois dimensions
5.1.7 — Analyses sous Fluent

Les hypothèses de calcul

Les maillages produits sous Gambit sont importés dans Fluent, puis les paramètres initiaux fixés à l'intérieur comme autour de la tour. Vitesse absolue ; écoulement considéré incompressible ; densité de l'air supposée constante ; vitesse du vent spécifiée à l'entrée et le long des parois. Modèle de turbulence k-ε standard, avec une fonction murale correspondant à la brique de boue et à la terre d'argile.

Plan d'essais

3 à 20 m/s, quatre angles

Les simulations couvrent des vitesses de vent de 3 à 20 m/s et quatre incidences : 0°, 15°, 30° et 45°. Deux directions de lecture ont été définies dans Fluent, Z et X ; résultats et contours sont tracés sur ces deux surfaces, ce qui permet de savoir, conduit par conduit, si la tour souffle ou aspire.


5.1.8 — Direction du vent à 0°

À 0°, un seul conduit travaille vraiment.

Vecteurs vitesse en plan autour du badgir pour un vent à 0°, conduits A, B, C et D repérés
FIG. 202a Vue en plan — vent à 0°, conduits A, B, C, D repérés
Coupe verticale des vecteurs vitesse dans le conduit et la pièce à badgir, vent à 0°
FIG. 202b Le conduit A aspire, B et D extraient peu, C est en extraction maximale
Résultat

À 0°, l'extraction se produit dans les conduits B et D de manière presque régulière. Le conduit C, situé face au conduit A par lequel le vent entre, se trouve en dépression maximale.


5.1.9 — Direction du vent à 30°

À 30°, la tour entière se met en mouvement.

Une partie de l'air est distribuée dans la pièce à badgir, tandis que le restant est dirigé vers les conduits B et C qui l'évacuent vers l'extérieur — bien plus de mécanismes simultanés qu'à incidence nulle.

Vue en plan des vecteurs vitesse autour du badgir pour un vent incliné à 30°
FIG. 203a Vue en plan — direction du vent à 30°
Coupe des vecteurs vitesse montrant une vitesse supérieure dans les conduits B et C à 30°
FIG. 203b À 30°, la vitesse reste supérieure dans les conduits B et C
Champ de pression et de débit : les conduits A et D réceptionnent l'air, B et C l'évacuent
FIG. 204 Les conduits A et D réceptionnent, tandis que B et C évacuent l'air
5.1.10 — Résultat des essais numériques

30°, l'angle favori.

10–40°

La fenêtre utile

Le débit d'air augmente lorsque l'angle varie de 10° à 40°, et diminue en deçà de 10° comme au-delà de 40°. À 30°, dès que le conduit A reçoit le vent dominant, les trois autres passent aussitôt en mode d'extraction.

100 %

Vitesse en sortie

À 30°, la vitesse de l'air aux sorties équivaut à celle du vent externe. Mais si l'ouverture de sortie est placée en partie haute, cette vitesse retombe à environ 80 % du vent extérieur.

3

Les trois facteurs

L'angle du capteur de vent, l'emplacement des sorties et leurs dimensions. La taille et la position des ouvertures selon la saison permettent de contrôler le taux de ventilation et la quantité d'air qui traverse le bâtiment.


Anémomètre TROTEC utilisé pour les relevés sur le badgir de Siraf
FIG. 175 Anémomètre TROTEC T300 sur le terrain, Siraf
5.1.11 — Résultat central

Soufflerie et CFD s'accordent.

Dans les deux méthodes, le conduit A alimente l'air pendant que B, C et D extraient — et le débit d'air augmente avec la vitesse du vent externe dans les deux cas. Les arêtes vives d'un badgir carré créent une plus grande zone de séparation de l'écoulement, avec une différence de pression plus élevée qu'un badgir circulaire. L'ajout d'éléments d'évaporation en tête de tour ne réduit pas le débit d'air, et améliore l'effet de rafraîchissement.


5.1.12 – 5.1.13 — Perspectives

Vers des systèmes hybrides.

La thèse propose deux pistes pour prolonger le principe du badgir dans des contextes sans vent significatif.

Cheminée solaire

Badgir + tirage thermique solaire

Un conduit vertical chauffé par le rayonnement solaire crée une différence de pression même en l'absence de vent, potentiellement couplé à un tube souterrain pour accentuer le refroidissement.

Éolien vertical

Badgir + petite éolienne

Une éolienne installée au sommet produirait l'électricité nécessaire pour recirculer l'eau d'une fontaine — piste nécessitant une étude structurelle complémentaire.


Publications

Thèse complète et communications scientifiques.

Figure de l'article ICCASCE 2015 sur le badgir de Siraf
ICCASCE 2015 Étude Siraf — validation numérique/expérimentale
Figure de l'article WCST 2015 sur le badgir de Kong
WCST 2015 Étude Kong — angle d'extraction optimal à 32°