Chapitre IV · pages 100 – 125
Études de terrain

70 tours visitées, quatre relevés complets.

En avril 2012 et juin 2013, l'auteur a séjourné sur quatre sites choisis pour leurs contrastes climatiques et constructifs, avec un anémomètre TROTEC T300 enregistrant température, débit et vitesse du vent dominant sur plusieurs jours consécutifs.

SITE 1

Siraf — golfe Persique

Climat chaud et humide. Badgir de la maison de Nasuri.

SITE 2

Yazd — centre désertique

Climat chaud et aride. Badgir du jardin de Dolat-Abad.

SITE 3

Bushehr

Tissu historique d'un centre urbain durable, golfe Persique.

SITE 4

Abyaneh

Village en terre d'argile, 2 300 m d'altitude.


Expérience I · § 4.3 — Badgir de la maison de Nasuri, Siraf
Badgir de la maison de Nasuri à Siraf, golfe Persique
FIG. 130 Maison de Nasuri et son badgir
Contexte

Un ancien port sassanide

Siraf, ancien port de commerce entre péninsule arabique et Inde, servait de route maritime dès l'an 185. Détruite au 10e siècle par un séisme, la ville a livré aux fouilles archéologiques (Aurel Stein, années 1930 ; David Whitehouse, Institut britannique d'études persanes) des vestiges parthes et sassanides. La maison de Nasuri, au pied de la montagne, à une cinquantaine de mètres de la mer, abrite l'un des badgirs les plus étudiés de la thèse.

14,77 m
Hauteur de la tour
12,24 × 2,80 m
Pièce à badgir (34,27 m²)
≈ 30°
Orientation / vent dominant
Plan, coupe et façade du badgir de la maison de Nasuri
FIG. 131 Plan, coupe et façade — échelle 10 mm = 1 m
Mesures — avril 2013

Un écart mesuré de 5,4 à 8,1°C

Sur trois jours consécutifs (17-18 avril 2013), les relevés entre 9h et 18h montrent une température ambiante extérieure moyenne de 35°C contre 27°C dans la pièce à badgir — soit un écart moyen de 8°C, avec un gain de fraîcheur maximal entre 15h et 16h. La fontaine sous la tour, vide lors de l'étude (bâtiment en restauration), aurait accentué cette baisse par évaporation.

35°C extérieur → 27°C pièce à badgir

Conclusion du chapitre : le flux pénètre dans les pièces voisines à la moitié de sa vitesse d'entrée ; l'autre partie entre et sort par les canaux opposés. Cette étude sert de base à l'ensemble des analyses numériques du chapitre V.


Expérience II · § 4.6 — Badgir du jardin de Dolat-Abad, Yazd
Badgir octogonal du jardin de Dolat-Abad, Yazd
FIG. 139 Badgir du jardin de Dolat-Abad
Contexte

Le plus haut badgir étudié

Climat chaud et aride. L'analyse, menée en avril 2013 sur environ 60 heures, porte notamment sur l'impact des fontaines et bassins sur le refroidissement. De forme octogonale, la tour culmine à 33,8 m ; chaque canal, de section isocèle, est profond de 2,4 m pour une prise d'air de 1,5 m.

33,8 m
Hauteur (octogonale)
6 × 4 m
Pièce à badgir, plafond 2,5 m
1,75 m / 0,75 m
Bassin central — section / profondeur
Schéma de fonctionnement d'un badgir en climat désertique, Yazd/Kashan
FIG. Fonctionnement des badgirs de Yazd et Kashan
Résultat

Deux fontaines, deux effets d'évaporation

La coupe du badgir révèle deux points d'évaporation distincts : une première fontaine sous la tour, une seconde dans la « salle royale » voisine, dont la hauteur atteint un tiers de celle du badgir. L'auteur observe qu'à vitesse de vent plus faible, la sensation de confort est meilleure qu'à vitesse élevée — et que l'usage d'une fontaine en climat aride augmente l'humidité tout en abaissant la température, contrairement au golfe Persique où l'objectif inverse prévaut.

Réduction pouvant atteindre 10°C par évaporation

Expériences III & IV

Bushehr et Abyaneh, deux contextes complémentaires.

§ 4.9 — Bushehr

Un tissu urbain durable de trois siècles

L'étude du tissu historique de Bushehr, ville côtière du golfe Persique, documente la situation géographique et le climat de la province, ainsi que les différences d'altitude du terrain — révélant un urbanisme entier pensé pour la ventilation naturelle collective, bien au-delà du seul bâtiment.

§ 4.13 — Abyaneh

Un village en terre à 2 300 m d'altitude

Deux jours passés dans les ruelles de ce village perse historique ont permis d'observer l'harmonie entre structure, matériau local et circulation d'air. Conclusion du chapitre : le matériau qui « pousse sur place » offre toujours la meilleure performance thermique pour son climat d'origine.


Chapitre suivant — Expérimentation & simulation